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Lotus Elise 111S MkI

NOUVEAU SOUFFLE POUR HETHEL

Elite, Elan, Europa et maintenant Elise sont des noms qui résonnent dans l’Esprit des passionnés comme synonymes de hautes performances et interprétations sur 4 roues de tout le savoir faire anglais en matière de voitures de sport légères.
Toujours en marge de la course à la puissance qui se joue de l’autre côté de la Manche depuis le début des années 90, Lotus continue de croire que la vérité est ailleurs…

Et plus précisément dans la recette de son génial créateur Colin Chapman selon qui « Light serait Right ». Le cahier des charges de l’Elise reprend donc tous les éléments qui ont fait le succès de Lotus, l’enjeu est de taille car la nouvelle voiture aura la lourde tâche de perpétuer la tradition maison pour sortir la petite firme anglaise de la crise. Vu les proportions de l’engin, l’équipement minimaliste, et surtout le savoir faire de Lotus en matière de châssis, l’Elise semble bien armée pour relever le défi.

Élégante

C’est d’une élégante tenue en fibre de verre que s’habille La petite Lotus, une habitude prise depuis le milieu des années 50 par Chapman qui fut l’un des premiers à tirer parti de ce matériau dans l’industrie automobile. Outre ses qualités structurelles intéressantes et sa légèreté, la fibre devient « no limit » dès qu’il s’agit de créer des formes, et des formes, Elise en a de bien jolies….
Presque aussi large que longue, avec ses roues aux quatre coins, des rondeurs là où il faut , on peut dire qu’elle est craquante notre petite anglaise, un joli coup de crayon néo-rétro avant l’heure qui suggère la sportivité sans l’agressivité, tout à fait dans l’esprit de la marque. Premier point marqué lorsqu’elle est dévoilée au public au salon de Francfort 1996, elle plait cette nouvelle Lotus !
Elle plait même tellement que la presse veut tout savoir de cette petite auto, les questions vont bon train : et le comportement ? et la mécanique ? le prix ? Doucement messieurs… doucement…. on regarde pour l’instant !

 

Essentiel automobile ?

En ouvrant la légère portière conducteur – à droite sur notre modèle 100% british – on découvre un environnement ultra spartiate exempt de tout élément de confort…  Me voilà face à l’essentiel automobile !
Pièce maitresse de la voiture, le châssis en aluminium vous invite à descendre à bord pour entrer en communion directe avec les esprits du sport automobile, ici faire corps avec sa voiture se conjugue au sens propre !
L’ambiance est donc au rendez-vous – en français dans le texte – les baquets ultra-fins sont très enveloppants, le petit volant badgé Lotus et le pommeau de levier de vitesses alu sont une première invitation au voyage. Toute l’instrumentation est regroupée dans un bloc compteur / compte-tours Stack, rien de superflu non plus de ce côté là avec seulement la jauge à essence et la température d’eau dans le petit écran à cristaux liquides situé sous le compte tours.
Au centre de la planche de bord, 2 tirettes et un bouton pour le chauffage dans le plus pur style Renault 12… pour l’air frais, vous moulinerez avec plaisir les jolies manivelles allégées en aluminium.

On retrouve dans toute Lotus qui se respecte quelques accessoires issus de la grande série, au hasard citons les boutons d’allumage de phares de Peugeot 306, ou encore le moteur d’essuie-glaces en provenance de la Citroën AX qui, grâce au système mono-bras, permet d’économiser encore quelques grammes. Même les blocs optiques avants sont empruntés à notre bonne vieille  4L nationale, mais chut…

Comme il n’y a pas de petites économies – de poids bien sûr – seul le siège conducteur est réglable en profondeur, il a même droit à une petite poire en caoutchouc permettant de gonfler le dossier pour améliorer confort et maintient… vous n’avez rien compris ? normal c’est la british touch !

Engineering

Le châssis caisson de l’Elise est réalisé en aluminium extrudé, en partie riveté et surtout collé à l’époxy !
Si le principe peu prêter à sourire, la méthode est issue de technologies aéronautiques très innovantes, ce qui confère une rigidité et une légèreté tout à fait exceptionnelles à la pièce maitresse de l’Elise. Les tests de vieillissement, de résistance et de contraintes ont permis de mettre en avant les limites de l’aluminium… et la quasi-indestructibilité des assemblages à la colle époxy. Grâce à cette première dans le monde de l’automobile, Lotus redevient précurseur en adoptant une solution technique inédite !

Le moteur prendra place en position centrale arrière, une architecture chère à Lotus procurant un excellent équilibre général et un comportement très proche d’une monoplace.
N’ayant plus la capacité financière pour développer un nouveau moteur, il va falloir trouver l’oiseau rare sous les capots de la production automobile mondiale, une mécanique de petite cylindrée, pas trop poussive de préférence…. et surtout légère. Bingo, l’oiseau existe et – cerise on the cake – il est anglais !

C’est donc le Moteur K 1800cc d’origine Rover qui est retenu. Très léger, tout en alu, sa puissance initiale de 120cv n’en fait pas un foudre de guerre mais le faible poids de l’Elise va presque lui donner des ailes. Sur la version 111S de notre essai, la cylindrée reste inchangée mais la puissance atteint 143cv grâce au système Rover VVC permettant un calage variable des arbres à cames – dans l’esprit du système V-Tec Honda mais un tantinet bordé…. complexe dans sa réalisation – Avec plus de pièces en mouvement, le VVC ne permet pas d’atteindre des régimes moteurs nipponiens mais offre un fonctionnement globalement plus plein dans les bas régimes. Reste une fiabilité plutôt moyenne qui impose un entretien rigoureux et des interventions régulières assez lourdes pour maintenir ce bloc au mieux de sa forme.
Peu importe ses défauts, les puristes le considèrent comme le moteur complétant le mieux le cahier des charges de la voiture et rendant le concept jusqu’au boutiste dans sa réalisation.

Comme il faut aussi penser à s’arrêter, Lotus a choisi des étriers simples pistons en aluminium aux quatre roues. Modeste sur le papier, le système se révèlera très efficace, même en usage circuit. Logique… avec 730 Kg en ordre de marche, elle ne fait pas semblant d’être light la petite !

Notre 111S est équipée d’une ligne inox et d’une admission directe en lieu et place du filtre à air d’origine, deux petites modifications qui permettent de libérer un peu le moteur sans incidence sur la fiabilité.

Elise et moi

Le moment tant attendu est arrivé,  je tombe dans l’engin plus que je ne m’y installe et, au premier tour de clé, le petit 1800 donne de la voix. Sympa ! mais le châssis brut d’alu ayant tendance à faire caisse de résonance, je m’interroge sur la présence de l’autoradio…
La position de conduite est quasi-imposée mais je me sens immédiatement à l‘aise, bien assis au ras du sol… par terre même, les talons à hauteur des fesses !
Le départ se fait en douceur, l’absence d’assistance en tout genre est l’occasion de renouer avec d’authentiques sensations et un vrai toucher de route , seule la commande de boîte caoutchouteuse à chaud me gêne un peu, le problème est connu mais n’a pas été corrigé sur la 111S de cet essai.

L’Elise s’insère dans la circulation avec aisance, bien aidée par la souplesse de sa mécanique, l’étonnante légèreté de la direction donne cette sensation un peu déroutante, et caractéristique des voitures à moteur arrière, que les roues avant touchent à peine le sol… quelques kilomètres suffisent pourtant pour que s’y habituer. Côté amortissement, on serait plus à l’aise sur le billard d’un circuit, la plupart des irrégularités sont filtrées mais l’option « Lotus Suspension Sport » qui équipe notre Elise abaisse encore la caisse de quelques millimètres…. si si, c’est possible ! Dès lors chaque ralentisseur se transforme en montagne russe et scanner la route en continu devient votre nouvelle mission pour évaluer l’épaisseur du moindre ticket de métro se profilant à l’horizon… Exigeante l’Elise, même à 50 !

OK, la ville n’est pas son terrain de jeu, il est temps de voler vers de plus larges horizons, loin de la circulation et des embouteillages, je sens que le moteur a envie de respirer et le premier bout de ligne droite va me donner l’occasion d’aller chatouiller le système VVC qui dort depuis le début de cette prise en mains. Seconde engagée, accélération… le moteur se montre linéaire jusqu’à 4500 trs/mn mais une fois ce cap franchi,  le petit 1800 Rover dévoile sa face cachée façon V-tec, avec l’accent anglais !
Jamais brutale, la mécanique colle au concept, c’est sans esbroufe et efficace avant tout. Les 143 chevaux, bien aidés par le faible poids de l’ensemble permettent à l’Elise 111S d’abattre le 0 à 100 km/h en 6 secondes et la borne du Km en moins en 27s, pas mal !

Et le comportement dans tout ça ?  C’est en théorie LE point fort d’une Lotus…
En pratique, c’est LE point fort de l’Elise ! Avec un train avant très précis, la voiture se place naturellement de manière très incisive mais, pour profiter pleinement de tout le potentiel directif, il faut appliquer un peu de physique. N’oublie jamais cette célèbre maxime – à graver dans le mode d’emploi de toute bonne voiture à moteur central – « si trop tôt tu accélères, trop large tu sortiras ! »
Loin d’être un défaut à corriger, c’est un principe à appliquer, simple sur le papier, plutôt technique en pratique…
Le but est d’entrer en courbe avec un maximum de vitesse, un peu sur les freins pour transférer de la charge sur le train avant qui prend de l’appui, on peut alors emmener l’auto loin dans la courbe à la limite du survirage pour la placer et ré-accélérer relativement tard en sortie. Avec un peu de pratique on joue avec le génial équilibre de la voiture et un châssis qui vous transmets tout tout tout et même plus. Attention aux excès d’optimisme car la correctionnelle, frisée ou pas…  vous guette !
L’auto ayant tendance à tourner sur elle même très facilement de part son faible empattement, sa répartition des masses et un centre de gravité placé juste derrière votre siège….

Par les temps qui courent il n’est pas inutile de préciser que le faible poids de l’engin lui permet de descendre sous les 7 litres de carburant aux 100 kms en utilisation courante.

En guise de conclusion… Encore !

Mission accomplie, la Lotus Elise va rencontrer son public, lui offrir ce qu’il attend sans modération – à savoir un vrai plaisir de conduite – et sauver la marque d’une faillite programmée. Presque un compte de fées dans l’histoire de la marque qui avait, pour la énième fois, besoin d’un nouveau souffle pour grappiller quelques années d’existence…
Concentré de passion, l’Elise met en exergue tous vos sens pour vous faire redécouvrir l’essence même du pilotage automobile et vous donner la banane au volant. Vivante et efficace, elle se joue des lois physiques subies par les autres sportives de sa génération pour répondre instinctivement aux doigts, à l’œil et aux pieds : je tourne… ça tourne et je freine… ça freine…  Et si elle était là, la vérité !

Points forts Points faibles
  • Really Light !
  • Équilibre châssis / Agilité
  • Feeling / Plaisir de conduite
  • Freinage
  • Déjà Collector
  • Conso
  • Qualité de certains matériaux
  • Fiabilité relative
  • Moteur « suffisant »

Cet essai a été complété par un week-end chez nos amis britons, depuis Lille vers le tunnel sous la Manche puis road trip en direction du circuit de Lydden Hill où se déroulait une épreuve du Trophée Caterham.  Camping sur le circuit le samedi soir, pluie battante la nuit dans une tente canadienne aussi étanche qu’une Caterham et English Breakfast sur le bord de la piste le matin, so british  !

Bonus : road to Lydden Hill

Merci à Nicolas de Nostalgia Sportscars pour le prêt de cette superbe 111S

Stéphane M.
Stéphane Muguet
Passionné de Sport Automobile, de techniques de pilotage et de technologie, j’aime partager et surtout échanger car les évolutions et avancées dans ce domaine sont infinies. Je reste convaincu que se remettre en question demeure la seule démarche pour progresser et avancer… Toujours plus vite.
http://www.driving-experience.fr

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