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Peugeot 205 Rallye 1.3

SORCELLERIE !

En 1988, l’heure est à l’injection et à l’électronique, qui pense encore à construire des voitures de sport équipées de petits moteurs et de gros carbus ? Une confortable cylindrée combinée à un moderne système d’injection est le meilleur moyen pour transformer une paisible citadine en dévoreuse de bitume. C’est vite enterrer les bons vieux Weber qui font encore rugir bon nombre de moteurs en compétition et qui semblent avoir leur mot à dire sous le capot de la nouvelle star de la marque au lion…

Peugeot 205 RallyeLe cahier des charges de la 205 prévoit une voiture nouvelle à 95% n’ayant plus rien de commun avec la Peugeot 104 en fin de carrière. Dans sa déclinaison sportive GTi, la 205 s’offre même des solutions techniques de premier plan pour mettre en avant tout le savoir faire du constructeur Sochalien. Peugeot planche en parallèle sur un important programme en compétition dirigé par Jean Todt, qui devra donner une image avant-gardiste, dynamique et jeune à la petite nouvelle. Pour faire la jonction entre le programme usine et le pilote amateur, le constructeur ajoute en 1987 une authentique petite sportive « à l’ancienne » développée pour la compétition, grâce à un tarif agressif et un minimum de préparation, la voiture doit être capable de se battre dans sa catégorie sur les spéciales, la 205 Rallye est née.

Longtemps considérée comme « la GTi du pauvre », il est temps de remettre les pendules à l’heure pour rendre à la 205 Rallye la place qu’elle mérite.

Blanc Meije

Le seul coloris disponible traduit toute la simplicité qui se dégage de la Rallye, avec ses jantes tôle à déport, on est bien loin des petites sœurs GTi qui la jouent chic et mode dans les beaux quartiers… La seule touche de couleur prend la forme des discrets autocollants PTS qui vous donnent l’impression d’avoir décroché votre premier sponsor, excellent début mais il y a encore pas mal de place… Avec tout ce blanc, on remarque à peine les élargisseurs d’ailes parfaitement intégrés, les puristes auront noté sur notre version d’essai le spoiler moulé en une pièce qui n’est pas d’origine mais qui ne dénature pas l’esprit de l’auto. Avouons le tout de suite, d’autres «détails» ne font pas partie de l’équipement de série mais on en reparle un peu plus tard.

Ambiance… Rallye

Peugeot propose de série le minimum légal pour une utilisation routière, il règne à bord la même simplicité qu’à l’extérieur mais le rouge vif de la moquette et des ceintures tranche avec le blanc immaculé de la carrosserie, la voiture semble nous dévoiler une partie de sa vraie personnalité et ça commence à sentir le chaud….
Le volant sport trois branches spécifique vous flatte avec, frappé en plein centre votre sponsor PTS facilement identifiable, la planche de bord commune à toute la gamme est peu avenante, les plastiques sont biodégradables et il n’y a rien d’autre que les commandes de chauffage qui puissent détourner votre attention. L’insonorisant est resté dans les rayonnages et les gadgets électriques au placard : comment ça on a tiré sur les prix ? ça minimise tout simplement les risques de pannes en spéciale !
Peugeot vous a quand même concédé une ultime faveur : des vitres avant qui descendent, ça vous permettra de passer plus facilement vos papiers au gendarme qui vous aura entendu venir de loin…
Ah si, un dernier détail concernant l’instrumentation : hormis le compte tours obligatoire, le futile (mais légal) compteur de vitesse, la jauge à essence et la température d’eau, pas de pression ni de température d’huile à se mettre sous la pupille. On veut bien concéder le manque d’équipement au profit du poids et du prix de revient, mais pas l’impasse sur la bonne santé du moteur, surtout quand il a été conçu pour s’en prendre plein les cames… !

Côté options (si si je vous jure !), il existe au catalogue un pack électrique comprenant un essuie glace arrière, le verrouillage centralisé et les vitres électriques, rétro droit qui équipe notre modèle d’essai est aussi en option…

C’est dans les vieux pots…

Si pour vous une voiture performante doit développer au moins 180 Cv, 30m/kg de couple, posséder une injection multipoints haute pression, une boîte 6, des pneus larges et un anti-patinage pour canaliser tout ça dès que ça tourne, passez votre chemin, ce qui suit risque de vous faire sourire… Amis Tdistes, bouchez vous les oreilles, bouchez vous aussi les oreilles !

La fiche technique de la 205 Rallye demande un peu d’attention mais si vous savez la déchiffrer elle vous promet de passer un agréable moment.

1294cc pour 12,2 m/kg de couple perchés à 5000 trs/mn on sait déjà qu’en 5e à 90 km/h sur une nationale il vaut mieux regarder loin devant pour dépasser ou tomber deux rapports… Et avec 103 Cv perchés à 6800Trs/mn il va falloir cravacher jusqu’au régime maxi de 7100 Trs/mn pour rester dans la zone de couple. Le responsable de cette alchimie s’appelle Danielson, Peugeot a en effet confié au préparateur le développement du petit moteur TU. Pour arriver à ce résultat, le travail a principalement porté sur un équipage mobile spécifique, un profil d’arbre à cames très agressif et une alimentation assurée par deux carbus Weber horizontaux 40 DCOM. Une recette à l’ancienne qui réjouira les amateurs de sensations brutes et les nostalgiques de démarrages à chaud difficiles…

Sébastien, propriétaire de l’auto depuis 1998, a ajouté son grain de sel dans le but de libérer encore un peu ce turbulent 1300. Il a pour cela greffé un collecteur d ‘échappement 4 en 1 acier et deux boites à air Green (il a néanmoins pris soin de conserver les pièces d’origine qui sont devenues une denrée rare sur le marché de l’occasion). Dans le même esprit, on trouve sous le capot une barre anti-rapprochement, des amortisseurs Koni sports, des silentblocs de triangles et de barres anti-roulis en polyuréthane plus durs.

Un casque, 2 boules Kies et… un gros cœur s’il vous plait !

Il est des situations dans lesquelles l’émotion se traduit par une certaine fébrilité, comme lorsque vous allez passer devant un jury ou que vous attendez le départ d’une compétition sportive à laquelle vous participez. Eh bien, il y a des voitures pour lesquelles on éprouve un sentiment très proche lorsque l’on sait que l’on va en prendre le volant, et pas besoin d’avoir un cheval cabré ou un trident planté au centre du volant pour ça, d’ailleurs on voit rarement ce genre d’engin au départ d’une spéciale de rallye… Comme quoi, à peine plus de 100 Cv peuvent vous mettre dans vos petits souliers s’ils sont le fruit de la passion.

Moteur froid, je laisse le soin à Sébastien de mettre le contact car seule l’habitude permet de réussir la manœuvre à coup sûr. Rouler en Rallye se mérite !
Lors de ce rituel chaque geste compte pour réveiller le petit diable qui se trouve sous le capot dans les meilleures conditions, je parierai que chaque Rallye requiert un savoir faire particulier, un quart de starter par-ci, pas du tout par-là, un demi coup d’accélérateur ou deux francs pompages avant de tourner la clef….

Ça y est ! Le bouilleur tourne ! Pas très rond d’ailleurs car j’entends que ça éternue sévère là devant… Serait t’il enrhumé ? Non, juste des retours de gaz dans les carbus moteur froid. Sébastien s’affaire encore derrière son volant quand me parviennent aux narines les premières effluves de super et aux oreilles le bourdonnement sourd de l’échappement pourtant d’origine… sympathique programme en perspective.

Une scrupuleuse mise en température est nécessaire et c’est Sébastien qui s’y colle, l’engin ayant tendance à être capricieux à froid. Je profite de mon statut de passager pour observer la tête que font les badauds dans les villages que nous traversons. Il est amusant de constater qu’à des allures tout à fait légales les gens se retournent sur notre passage, l’un deux nous fera même signe de ralentir alors que l’aiguille du compteur indique un petit 50…

Sébastien se range sur le côté droit de la route pour me céder sa place, je m’installe au volant et boucle mon harn… ma ceinture de sécurité en constatant que l’aiguille du compte tours est maintenant (presque) stable. Première enclenchée et c’est parti, ça broute un peu sous 2000 tours mais rien de bien méchant, le moteur révèle d’ailleurs une souplesse que je n’imaginais pas, il se prête de bonne grâce à une utilisation urbaine mais l’on sent bien que sa vraie nature se trouve là haut… dans les tours. D’ailleurs les papillons des Weber ne répondent qu’à deux ordres : couchés ! et debouts !
La boîte qui a été refaite récemment fait preuve d’une bonne précision et bénéficie de débattements corrects, je ne cherche pas les rapports qui sont happés les uns après les autres. L’embrayage est du genre viril, il colle sec pour éviter d’absorber trop de puissance entre chaque passage de vitesse.

GAZ ! pied au plancher en première, les 4 papillons des Weber se couchent pour cisailler l’air qui s’engouffre dans la tubulure d’admission, un bruit rauque accompagne l’aiguille du compte tours qui a bien compris le message, elle décolle progressivement pour littéralement s’envoler au dessus de 4500 tours et finalement buter sur le rupteur à plus de 7000 trs ! J’enquille la seconde dans la foulée et le moteur retombe dans la zone de couple, l’accélération reprend de plus belle jusque dans le rouge, la trois s’enchaîne dans la même effervescence, je ne sais même plus si le bruit qui accompagne chaque montée en régime vient de l’échappement ou de l’admission !
Les deux mon neveu mais restons concentrés sur la longue courbe qui me saute dessus au moment ou j’enclenche la quatre…
Pas question de la jouer «freine tard», je « soulage » bien avant l’entrée du virage, les papillons reprennent leur position verticale, ce qui provoque une pétaradante protestation de l’échappement ; je remets un filet de gaz en entrant dans le virage et oups ! l’auto m’apparaît bien légère dans cette grande courbe en 4… je ne suis plus dans le régime de couple en sortie mais le moteur reprend sans broncher, quelle santé !

Autre virage et cette fois il faut freiner, j’y vais franchement, l’auto plonge pendant que je tombe la trois puis la deux, le train avant très incisif permet d’engager la voiture qui prend un bel appui et se place ; Je reprends sur un filet de gaz à la limite du couple et en sortie je soude vers l’extérieur, cette fois le couple répond présent, la 205 profite de sa bonne motricité pour s’extraire sans patiner qu’il faut déjà passer le rapport supérieur en se préparant à négocier un S assez prononcé… l’auto entre avec précision et ressort fort mais entre deux la sensation de flottement s’est confirmée…

Après avoir échafaudé plusieurs théories, de la démultiplication de série de la direction (contrairement aux versions GTi), en passant par la combinaison silentblocs durs /  Koni sports qui sollicitent exagérément la monte pneumatique d’origine étroite et haute, Sébastien m’apprendra qu’un silentbloc de train arrière était cassé…. Quoiqu’il en soit, la voiture bénéficie des excellents trains de la GTi 115 et même si le feeling entre les deux voitures est différent, le chrono a souvent parlé en faveur des « petits » 103 Cv de la 205 Rallye en compétition, ce qui confirme une fois de plus que la puissance n’est qu’un facteur parmi d’autres au service des performances…

Tout incite à une conduite sportive : le comportement joueur, la mécanique rageuse, l’environnement spartiate et le bruit éveillent tous les sens au volant. Le châssis très affûté de cette traction permet d’aller vite après une simple prise en main mais pour aller vraiment très vite et maîtriser l’engin au dessus des limites d’adhérence, il faut s’accrocher à de vraies notions de pilotage. Les réglages des trains roulants octroient à la Rallye une agilité peu commune pour une traction, gare cependant à l’inertie et au lever de pied intempestif dans le rapide !

La dernière de son espèce ?

Assurément… avec ses 4 gros carbus, cette 205 est la dernière auto de série a avoir été envoûtée à l’ancienne par un sorcier. Son potentiel fun / efficacité et son tempérament en font un joujou comme on les aime, une belle expression de la passion en somme…

Si vous voulez profiter de tout ceci il faudra vous armer de patience car l’oiseau est rare en bon état. Le succès des versions GTi y est pour beaucoup, même s’il ne faut pas oublier que, par vocation, beaucoup de 205 Rallyes se sont surtout retrouvées aux départs de spéciales mais pas forcément à l’arrivée…

Les versions restées dans le « civil » ont distillé des sensations aux budgets trop serrés pour s’offrir le confort et l’image de la grande sœur GTi. Malheureusement l’entretien plus méticuleux que nécessitait l’engin n’a pas toujours été suivi comme il se doit et les survivantes sont souvent très fatiguées. Enfin, en deuxième main bon nombre de rescapées ont servi de base aux amateurs de tunning.

Rien n’est vain pour autant et des exemplaires bien conservés ou restaurés existent, la petite 205 blanche commence à susciter un réel intérêt auprès des connaisseurs, alors à vos petites annonces car la côté monte !

Le meilleur moyen de se renseigner est encore de contacter le 205 rallye Club de France http://www.205rallye.net

Points forts Points faibles
  • Fruit de la passion
  • La der des der à carbus…
  • Moteur rageur
  • Agilité
  • Odeurs / bruits !
  • Déjà collector
  • Entretien méticuleux indispensable
  • Capricieuse
  • Rare en bon état d’origine
  • Sellerie fragile / finition
  • Odeurs / bruits !

Il a dit…

C ‘est le look Rallye, et l’opportunité « achetée 4500 Frs en 98 dans un piteux état, un an de restauration a été nécessaire pour remettre l’auto en conformité avec son esprit d’origine » qui ont poussé Sébastien à se tourner vers une 205 Rallye.

Ce qui lui plaît dans sa voiture c’est « la sonorité des carbus et de l’échappement dans l’habitacle au dessus de 4000 trs ! même si ce n’est pas toujours du goût des passants… ». Bien sûr « l’ambiance sportive » et le comportement « l’auto rentre bien dans les courbes, on peut la jeter d’un virage à l’autre » sont souvent évoqués. « En revanche, je n’envisage pas un usage quotidien, la sortir reste un moment de plaisir particulier. Et puis, en la sortant trop souvent, on risque de prendre de mauvaises habitudes… En plus, elle demande un entretien très soigné et régulier ».

« J’ai plus ou moins tenté de la vendre à une époque car l’utilisation que j’en faisait été trop réduite mais j’ai finalement décidé de la conserver ». « Si je devais me refaire une voiture, ce serait dans le même esprit pour une R8 Gorde, une Simca 1000 ou une… Alpine A110 ».

Un grand merci à Seb pour le prêt de sa « Rallye » et pour ses précieuses informations.

Stéphane M.
Stéphane Muguet
Passionné de Sport Automobile, de techniques de pilotage et de technologie, j’aime partager et surtout échanger car les évolutions et avancées dans ce domaine sont infinies. Je reste convaincu que se remettre en question demeure la seule démarche pour progresser et avancer… Toujours plus vite.
http://www.driving-experience.fr

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