Lotus Elise 111S MkI

NOUVEAU SOUFFLE POUR HETHEL

Elite, Elan, Europa et maintenant Elise, des noms qui résonnent dans l’Esprit des passionnés comme de véritables symboles de tout le savoir faire anglais en matière de voitures de sport légères. Toujours en marge de la course à la puissance qui se joue depuis l’apparition de l’automobile, Lotus continue de croire que la vérité est ailleurs…

Et plus précisément dans la recette de son génial créateur Colin Chapman selon qui « Light serait Right ». Le cahier des charges de l’Elise reprend donc tous les éléments qui ont fait le succès de Lotus, l’enjeu est de taille car la nouvelle voiture aura la lourde tâche de perpétuer la tradition maison pour sortir la petite firme anglaise de la crise. Vu les proportions de l’engin, l’équipement minimaliste, et surtout le savoir faire de Lotus en matière de châssis, l’Elise semble bien armée pour relever le défi.

Élégante

C’est d’une élégante tenue en fibre de verre que s’habille la petite Lotus Elise, une habitude prise depuis les années 50 par Chapman qui fut l’un des premiers à tirer parti de ce matériau dans l’industrie automobile. Outre ses qualités structurelles intéressantes et sa légèreté, la fibre devient « no limit » dès qu’il s’agit de créer des formes. Et des formes, Elise en a de bien jolies….
Presque aussi large que longue, avec ses roues aux quatre coins, des rondeurs où il faut, on peut dire qu’elle est craquante notre petite anglaise. Un joli coup de crayon néo-rétro avant l’heure, on la devine sportive sans être agressive, c’est tout à fait dans l’esprit de la marque. Premier point marqué lorsqu’elle est dévoilée au public au salon de Francfort 1996, elle plait cette nouvelle Lotus ! Elle plait même tellement que la presse veut tout savoir de cette petite auto, les questions vont bon train : et le comportement ? et la mécanique ? le prix ? Doucement messieurs… doucement…. on regarde pour l’instant !

Essentiel automobile ?

En ouvrant la légère portière conducteur – à droite sur notre modèle 100% British – on découvre un environnement ultra spartiate…  Me voilà face à l’essentiel automobile !
Pièce maîtresse de la voiture, le châssis en aluminium vous invite à descendre à bord pour faire littéralement corps avec la voiture. L’ambiance est au rendez-vous, les fins baquets sont très enveloppants, le petit volant badgé Lotus et le pommeau de levier de vitesses alu sont une première invitation au voyage. Toute l’instrumentation est regroupée dans un bloc compteur / compte-tours Stack qui ne s’embarrasse pas du superflu, seules sont disponibles les infos de niveau de carburant et la température d’eau…
Au centre de la planche de bord, 2 tirettes et un bouton pour le chauffage dans le plus pur style Renault 12, t si vous souhaitez de l’air frais, vous moulinerez avec plaisir les jolies manivelles allégées en aluminium.

On retrouve dans toute Lotus qui se respecte quelques accessoires issus de la grande série, au hasard citons les boutons d’allumage de phares de Peugeot 306, ou encore le moteur d’essuie-glaces en provenance de la Citroën AX qui, grâce au système mono-bras, permet d’économiser encore quelques grammes. Même les blocs optiques avants sont empruntés à notre bonne vieille  4L nationale, mais chut…

Comme il n’y a pas de petites économies – de poids bien sûr – seul le siège conducteur est réglable en profondeur, il a même droit à une petite poire en caoutchouc permettant de gonfler le dossier pour améliorer confort et maintient… vous n’avez rien compris ? normal c’est la British touch !

Engineering

Le châssis caisson de l’Elise est réalisé en aluminium extrudé, en partie riveté et surtout collé à l’epoxy ! Si le principe peu faire sourire, la méthode est issue de technologies aéronautiques très innovantes, ce qui lui confère une rigidité et une légèreté tout à fait exceptionnelles. Les tests de vieillissement, de résistance et de contraintes ont permis de mettre en avant les limites…. de l’aluminium et la quasi-indestructibilité des assemblages à la colle. Grâce à cette première dans le monde de l’automobile, Lotus redevient précurseur en adoptant une solution technique inédite !

Le moteur prendra place en position centrale arrière, une architecture chère à Lotus procurant un excellent équilibre général et un comportement proche d’une monoplace. N’ayant plus la capacité financière pour développer un nouveau moteur, il va falloir trouver l’oiseau rare sous les capots de la production automobile mondiale, une mécanique de petite cylindrée, pas trop poussive de préférence…. et surtout légère. Bingo, l’oiseau existe et – cerise on the cake – il est anglais !

C’est le Moteur K 1800cc d’origine Rover qui est retenu. Très léger, tout en alu, sa puissance initiale de 120cv n’en fait pas un foudre de guerre mais le faible poids de l’Elise fera le reste. Sur la version 111S de notre essai, la cylindrée reste inchangée mais la puissance atteint 143cv grâce au système Rover VVC qui intègre un système de calage variable des arbres à cames. c’est un peu dans l’esprit du système V-Tec Honda mais un tantinet plus bordélique…. Oups… disons complexe car avec davantage de pièces en mouvement. Le VVC ne permet donc pas d’atteindre les régimes d’un V-Tec mais offre globalement plus de couple à bas régimes, il en résulte aussi une fiabilité plutôt moyenne qui impose un entretien très rigoureux pour maintenir le moteur au mieux de sa forme.
Peu importe ses défauts, les puristes le considèrent comme le complément idéal au cahier de la voiture.

Comme il faut aussi penser à s’arrêter, Lotus a choisi des étriers simples pistons en aluminium aux quatre roues. Modeste sur le papier, le système se révélera très efficace, même en usage circuit grâce aux poids plume de la voiture.

Notre 111S est équipée d’une ligne inox et d’une admission directe en lieu et place du filtre à air d’origine, deux petites modifications qui permettent de libérer un peu le moteur sans incidence sur la fiabilité.

En route !

Le moment tant attendu est arrivé,  je tombe dans l’engin plus que je ne m’y installe et au premier tour de clé le 1800 donne de la voix. Sympa ! mais le châssis brut d’alu ayant tendance à faire caisse de résonance, je m’interroge sur la présence de l’autoradio…
Le départ se fait en douceur, l’absence d’assistances permet de renouer avec d’authentiques sensations et un vrai toucher de route, seule la commande de boîte caoutchouteuse à chaud me gêne un peu, le problème est connu mais n’a pas été corrigé sur la 111S de l’essai.

La Lotus Elise s’insère dans la circulation avec aisance, bien aidée par la souplesse de sa mécanique, l’étonnante légèreté de la direction donne cette sensation un peu déroutante que les roues avant touchent à peine le sol… Côté amortissement, on serait plus à l’aise sur le billard d’un circuit, la plupart des irrégularités sont filtrées mais l’option « Lotus Suspension Sport » qui équipe notre Elise abaisse encore la caisse de quelques millimètres (si si, c’est possible !) et chaque ralentisseur se transforme en montagne russe. Scanner la route en continu devient votre nouvelle mission pour évaluer l’épaisseur du moindre ticket de métro se profilant à l’horizon… Exigeante l’Elise, même à 50 !

Il est temps de voler vers de plus larges horizons, loin de la circulation et des embouteillages, le moteur a envie de respirer et le premier bout de ligne droite me donne l’occasion d’aller chatouiller le système VVC qui dort depuis le début de la prise en mains. Accélération en seconde, le moteur se montre linéaire jusqu’à 4500 trs/mn, puis le petit 1800 Rover dévoile sa face cachée façon V-tec, mais avec l’accent anglais !
C’est sans esbroufe et efficace, les 143 chevaux sont bien aidés par le faible poids de l’ensemble, ce qui permet à l’Elise 111S d’abattre le 0 à 100 km/h en 6 secondes et de franchir la borne du Km en moins en 27s !

Et le comportement dans tout ça ?  C’est en théorie LE point fort d’une Lotus…
En pratique, c’est LE point fort de l’Elise ! Avec un train avant très précis, la voiture se place naturellement de manière incisive mais pour profiter pleinement de tout le potentiel directif il faut appliquer un peu de physique. N’oublie jamais cette maxime : « si trop tôt tu accélères, trop large tu sortiras ! » (à graver dans le mode d’emploi de toute bonne voiture à moteur central).
Loin d’être un défaut à corriger, c’est un principe à appliquer, simple sur le papier, plus délicat en pratique…
Le but est d’entrer en courbe avec un maximum de vitesse et légèrement sur les freins pour transférer de la charge sur le train avant qui prend de l’appui, on peut alors emmener l’auto loin dans la courbe à la limite du survirage pour la placer. Avec un peu de pratique on joue avec le génial équilibre de la voiture et un châssis qui vous transmets tout tout tout et même plus. Attention aux excès d’optimisme car la correctionnelle, frisée ou pas…  vous guette, l’auto ayant tendance à tourner sur elle même très facilement de part son faible empattement et sa répartition des masses….

Par les temps qui courent il n’est pas inutile de préciser que le faible poids de l’engin lui permet de descendre sous les 7 litres de carburant aux 100 kms en utilisation courante.

En guise de conclusion… Encore !

Mission accomplie, la Lotus Elise va rencontrer son public pour lui offrir ce qu’il attend sans modération, un vrai plaisir de conduite !
Accessoirement elle sauvera aussi la marque d’une faillite programmée… Lotus ayant pour la énième dans son histoire besoin d’un nouveau souffle pour grappiller quelques années d’existence.
Concentré de passion, la Lotus Elise met en exergue tous vos sens et vous donne la banane à chaque sortie, que ce soit pour une simple balade ou pour tâter de l’asphalte d’un circuit. Vivante et efficace, elle se joue des lois physiques subies par les autres sportives, répondant naturellement aux doigts, à l’œil et aux pieds : je tourne… ça tourne et je freine… ça freine…  Et si elle était là, la vérité !

Points forts Points faibles
  • Really Light !
  • Équilibre châssis / Agilité
  • Feeling / Plaisir de conduite
  • Freinage
  • Déjà Collector
  • Conso
  • Qualité de certains matériaux
  • Fiabilité relative
  • Moteur « suffisant »

Cet essai a été complété par un week-end chez nos amis britons, depuis Lille vers le tunnel sous la Manche puis road trip en direction du circuit de Lydden Hill où se déroulait une épreuve du Trophée Caterham.  Camping sur le circuit le samedi soir, pluie battante la nuit dans une tente canadienne aussi étanche qu’une Caterham (pour rester dans l’ambiance) et English Breakfast sur le bord de la piste le matin, so british  !

Bonus : road to Lydden Hill

Merci à Nicolas de Nostalgia Sportscars pour le prêt de cette superbe 111S

Textes et photos – Stéphane Muguet –
Stéphane Muguet
Passionné de Sport Automobile, de techniques de pilotage et de technologie, j’aime partager mais surtout échanger, car je reste convaincu que se remettre en question demeure la seule démarche pour progresser et avancer… Toujours plus vite !
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