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Peugeot 205 Rallye 1.3

Peugeot 205 Rallye

L’ensorcelée !

En 1988, l’heure est à l’injection et à l’électronique, qui pense encore à construire des voitures de sport équipées de petits moteurs et de gros carbus ? Ce serait bien vite enterrer ces bons vieux Weber qui font encore rugir nombre de moteurs en compétition. Il semblerait d’ailleurs qu’ils aient leur mot à dire sous le capot de la nouvelle star de la marque au lion…
Dès l’arrivée de la nouvelle 205, Peugeot planche sur un important programme en compétition qui sera dirigé par Jean Todt. L’un des objectifs sera de faire la jonction entre le projet usine et le pilotage amateur. Le constructeur ajoute à sa gamme en 1987 une authentique petite sportive « à l’ancienne » développée pour la compétition. Grâce à un tarif agressif et un minimum de préparation, la voiture doit être capable de se battre en spéciales dans sa catégorie, la Peugeot 205 Rallye est née.

Blanc Meije

Le seul coloris disponible traduit toute la simplicité qui se dégage de la Rallye, avec ses jantes tôle à déport, on est bien loin des petites sœurs GTi qui se la jouent chic et mode dans les beaux quartiers. La seule touche de couleur se trouve dans les discrets liserés PTS (Peugeot Talbot Sport pour les plus jeunes) qui vous donnent l’impression d’avoir décroché votre premier sponsor, excellent début mais il y a encore pas mal de place… Avec tout ce blanc, on remarque à peine les élargisseurs d’ailes parfaitement intégrés, les puristes auront noté sur notre version d’essai le spoiler moulé en une pièce qui n’est pas d’origine mais qui ne dénature pas l’esprit de l’auto. Avouons le tout de suite, d’autres «détails» ne font pas partie de l’équipement de série mais on en reparle un peu plus tard.

Ambiance… Rallye

Peugeot propose de série le minimum légal pour une utilisation routière, il règne à bord la même simplicité qu’à l’extérieur mais le rouge vif de la moquette et des ceintures tranche avec le blanc immaculé de la carrosserie. La voiture semble nous dévoiler une partie de sa vraie personnalité et ça commence à sentir le chaud….
Le volant sport trois branches spécifique est frappé de votre sponsor PTS préféré mais la planche de bord commune à toute la gamme est peu avenante, plastiques biodégradables et commandes prêtes à vous rester dans la main ne font pas rêver. L’insonorisant est resté dans les rayonnages et les gadgets électriques au placard, chez Peugeot on ne vous dira pas qu’on a tiré sur les prix mais plutôt qu’on a pensé au poids… En fait la bonne nouvelle c’est que ça minimise les risques de pannes en spéciale !
Peugeot vous a quand même concédé une petite faveur : des vitres avant qui descendent, ça vous permettra de passer plus facilement vos papiers au gendarme qui vous aura entendu venir de loin…
Ah si, un dernier détail concernant l’instrumentation : hormis le compte tours obligatoire, le futile (mais légal) compteur de vitesse, la jauge à essence et la température d’eau, pas de pression ni de température d’huile à se mettre sous la pupille. On veut bien concéder le manque d’équipement au profit du poids et du prix de revient, mais pas l’impasse sur la bonne santé du moteur, surtout quand il a été conçu pour s’en prendre plein les cames… !

Côté options il existe au catalogue un pack électrique comprenant un essuie glace arrière (si si je vous jure !), le verrouillage centralisé et les vitres électriques, le rétro droit qui équipe notre modèle d’essai est aussi en option.

C’est dans les vieux pots…

Si pour vous une voiture performante doit posséder une injection multipoints haute pression, une boîte 6, des pneus larges et un ESP pour canaliser tout ça dès que ça tourne, passez votre chemin, ce qui suit risque de vous faire sourire… Amis Tdistes, bouchez vous aussi les oreilles !

La fiche technique de la Peugeot 205 Rallye demande un peu d’attention mais si vous savez la déchiffrer elle vous promet de passer un agréable moment.

1294cc pour 12,2 m/kg de couple perchés à 5000 trs/mn on sait déjà qu’en 5e à 90 km/h sur une nationale il vaut mieux regarder loin devant pour dépasser ou tomber deux rapports… Et avec 103 Cv perchés à 6800Trs/mn il va falloir cravacher jusqu’au régime maxi de 7100 Trs/mn pour rester dans la zone de couple. Le responsable de cette alchimie s’appelle Danielson, Peugeot a en effet confié au préparateur le développement du petit moteur TU. Pour arriver à ce résultat, le travail a principalement porté sur un équipage mobile spécifique, un profil d’arbre à cames très agressif et une alimentation assurée par deux carbus Weber horizontaux 40 DCOM. Une recette à l’ancienne qui réjouira les amateurs de sensations brutes et les nostalgiques de démarrages à chaud difficiles…

Sébastien, propriétaire de l’auto depuis 1998, a ajouté son grain de sel dans le but de libérer encore un peu ce turbulent 1300. Il a pour cela greffé un collecteur d ‘échappement 4 en 1 acier et deux boites à air Green (il a néanmoins pris soin de conserver les pièces d’origine qui sont devenues une denrée rare sur le marché de l’occasion). Dans le même esprit, on trouve sous le capot une barre anti-rapprochement, des amortisseurs Koni sports, des silentblocs de triangles et de barres anti-roulis en polyuréthane plus durs.

Un casque, 2 boules Kies et… un gros cœur s’il vous plait !

Il est des situations dans lesquelles l’émotion se traduit par une certaine fébrilité, comme lorsque vous allez passer devant un jury ou que vous attendez le départ d’une compétition sportive à laquelle vous participez. Eh bien, il y a des voitures pour lesquelles on éprouve un sentiment très proche lorsque l’on sait que l’on va en prendre le volant, et pas besoin d’avoir un cheval cabré ou un trident planté au centre du volant pour ça, d’ailleurs on voit rarement ce genre d’engin au départ d’une spéciale de rallye… Comme quoi, à peine plus de 100 Cv peuvent vous mettre dans vos petits souliers s’ils sont le fruit de la passion.

Moteur froid, je laisse le soin à Sébastien de mettre le contact car seule l’habitude permet de réussir la manœuvre à coup sûr. Rouler en Peugeot 205 Rallye se mérite ! Lors de ce rituel chaque geste compte pour réveiller le petit diable qui se trouve sous le capot dans les meilleures conditions, je parierai que chaque Rallye requiert un savoir faire particulier, un quart de starter par-ci, pas du tout par-là, un demi coup d’accélérateur ou deux francs pompages avant de tourner la clef…. Ça y est ! Le bouilleur tourne ! Pas très rond d’ailleurs car j’entends que ça éternue sévère là devant… Serait t’il enrhumé ? Non, juste des retours de gaz dans les carbus moteur froid. Sébastien s’affaire encore derrière son volant quand me parviennent aux narines les premières effluves de super et aux oreilles le bourdonnement sourd de l’échappement pourtant d’origine… sympathique programme en perspective.

Une scrupuleuse mise en température est nécessaire et c’est Sébastien qui s’y colle, l’engin ayant tendance à être capricieux à froid. Après quelques kilomètres je m’installe au volant et boucle mon harn… ma ceinture, en constatant que l’aiguille du compte tours est maintenant (presque) stable. Première enclenchée et c’est parti, ça broute un peu sous 2000 tours mais rien de bien méchant, le moteur se prête de bonne grâce à une utilisation urbaine mais l’on sent bien que sa vraie nature se trouve là haut… dans les tours. D’ailleurs les papillons des Weber ne répondent qu’à deux ordres : couchés ! et… debouts !
La boîte qui a été refaite récemment est assez précise, je ne cherche pas les rapports qui sont happés les uns après les autres, c’est un bon point.

GAZ ! Les 4 papillons des Weber se couchent pour cisailler l’air qui s’engouffre dans la tubulure d’admission tandis qu’un bruit rauque accompagne l’aiguille du compte tours qui s’envole à partir de 4500 tours, jusqu’à buter sur le rupteur à plus de 7000 trs ! J’enquille la seconde dans la foulée et le moteur retombe dans la zone de couple, l’accélération reprend de plus belle jusque dans le rouge, la trois s’enchaîne dans la même effervescence. Je ne sais même plus si le bruit qui accompagne chaque montée en régime vient de l’échappement ou de l’admission…
Les deux mon neveu ! Mais restons concentrés sur la longue courbe qui me saute dessus au moment ou je rentre la quatre… Pas question de la jouer «freine tard», je « soulage » bien avant le virage, les papillons reprennent leur position verticale, entraînant quelques pétarades à l’échappement. Je remets un filet de gaz en appui et oups ! l’auto m’apparaît bien légère dans cette grande courbe en 4… je ne suis plus dans le régime de couple en sortie mais le moteur reprend sans broncher.

Autre virage et cette fois il faut freiner, l’auto plonge avant de de tomber la trois puis la deux, le train avant place la voiture qui se cale en appui. Filet de gaz et en sortie je soude vers l’extérieur, cette fois je suis dans la plage de couple, la Rallye profite d’une bonne motricité pour s’extraire sans patiner mais il faut déjà passer le rapport supérieur pour négocier un enchaînement rapide… l’auto entre une fois encore avec précision, ressort fort mais entre deux la sensation de flottement s’est confirmée… D’après Sébastien le problème viendrait d’un silentbloc de train arrière cassé.

Quoiqu’il en soit, la voiture bénéficie des excellents trains de la GTi 115, et si le feeling entre les deux voitures est différent, le chrono a souvent parlé en faveur des « petits » 103 Cv de la 205 Rallye en compétition. Confirmation que la puissance n’est qu’un facteur parmi d’autres au service des performances…

Tout incite à adopter une conduite sportive : le comportement joueur, la mécanique rageuse, l’environnement spartiate et le bruit éveillent tous les sens. Les réglages des trains roulants octroient à la Rallye une agilité peu commune pour une traction, gare cependant à l’inertie et au lever de pied intempestif dans le rapide !

La dernière de son espèce ?

Assurément… avec ses 4 gros carbus, cette Peugeot 205 Rallye est la dernière auto de série a avoir été envoûtée « à l’ancienne » par un sorcier. Son potentiel et son tempérament en font un joujou comme on les aime.
Si vous voulez profiter de tout ceci il faudra vous armer de patience car l’oiseau est rare en bon état, n’oublions pas que beaucoup de 205 Rallye se sont surtout retrouvées aux départs de spéciales mais pas forcément à l’arrivée…
Quant à celles n’ayant pas goûté à la compétition, elles ont fait le bonheur des budgets trop serrés pour s’offrir le confort et l’image de la grande sœur GTi. Malheureusement l’entretien plus méticuleux que nécessitait l’engin n’a pas toujours été suivi comme il se doit et les survivantes sont souvent très fatiguées. Pour finir le tuning s’est occupé de celles qui restent….
Gardons cependant l’espoir ! La petite 205 blanche suscite ces dernières années l’intérêt des connaisseurs et l’on trouve quelques exemplaires restaurés dans les petites annonces, mais les prix ont un peu flambé….

Points forts Points faibles
  • Fruit de la passion
  • La der des der à carbus…
  • Moteur rageur
  • Agilité
  • Odeurs / bruits !
  • Déjà collector
  • Entretien méticuleux indispensable
  • Capricieuse
  • Rare en bon état d’origine
  • Sellerie fragile / finition
  • Odeurs / bruits !

Il a dit…

C’est le look Rallye, et l’opportunité qui ont poussé Sébastien à se tourner vers une 205 Rallye : « achetée 4500 Frs en 98 dans un piteux état, un an de restauration a été nécessaire pour remettre l’auto en conformité avec son esprit d’origine » .

Ce qui lui plaît dans sa voiture : « la sonorité des carbus et de l’échappement dans l’habitacle au dessus de 4000 trs ! même si ce n’est pas toujours du goût des passants… ». Bien sûr « l’ambiance sportive » et le comportement « l’auto rentre bien dans les courbes, on peut la jeter d’un virage à l’autre » sont souvent évoqués. « En revanche, je n’envisage pas un usage quotidien, la sortir reste un moment de plaisir particulier. Et puis, en la sortant trop souvent, on risque de prendre de mauvaises habitudes… En plus, elle demande un entretien très soigné et régulier ».

« J’ai plus ou moins tenté de la vendre à une époque car l’utilisation que j’en faisait été trop réduite mais j’ai finalement décidé de la conserver ». « Si je devais me refaire une voiture, ce serait dans le même esprit pour une R8 Gorde, une Simca 1000 ou une… Alpine A110 ».

Un grand merci à Seb pour le prêt de sa « Rallye » et pour ses précieuses informations.

Les liens pour tout savoir sur la Peugeot 205 Rallye

Le meilleur moyen de se renseigner est encore de contacter le 205 rallye Club de France http://www.205rallye.net

Texte et photos – Stéphane muguet
Stéphane Muguet
Passionné de Sport Automobile, de techniques de pilotage et de technologie, j’aime partager mais surtout échanger, car je reste convaincu que se remettre en question demeure la seule démarche pour progresser et avancer… Toujours plus vite !
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